l' expression de la douleur, de l' amitié, sont les
seuls sentimensqui semblent l' animer, et j' ai vu les
convulsions du désespoir s' emparer des derniers
soupirs de l' homme qu' on nommait juste et
bienfaisant ! ... est-ce défaut de force... de
caractère... foiblesse d' organe ? ... ou cet instant
serait-il le terme de notre destination... notre
entrée dans le néant ? ... mais ce desir de
félicité... ces idées de perfection... - avec force
ce charme qu' on éprouve à la suite d' une bonne
oeuvre... il fixe le ciel cette harmonie
universelle, ce mouvement uniforme et pourtant si
varié de ces milliers de mondes qui roulent dans
l' immensité... non, non, il est quelque chose après
nous ; car je n' ai point encore goûté un seul instant
de vrai bonheur. il se promène en réfléchissant
j' ai cherché la mort, a-t-il dit, parce que j' étais
las de vivre... fortement moi aussi je suis las
de vivre... moi aussi je voudrais déposer le fardeau
de mon existence. -eh ! Qui peut m' arrêter ? ...
pourquoi languir dans cette prison, accablé du
présent, quand je tiens dans ma main il saisit un
pistolet la clef qui peut m' ouvrir les portes
de l' avenir ? -est-il quelque lueur d' espérance qui
puisse encore flatter mon ame ? Les bienfaits même
que je répands, ont-ils quelque douceur pour moi ?
On les rejetterait avec horreur, si l' on pouvait
connaître celui qui les prodigue. -mais si le ciel
veut que je vive pour être longtems malheureux, si
la fatalité me lie au terrible métier où elle m' a
conduit, est-ce à moi de m' y opposer ? Quand
l' éternel dit au soleil de dessécher nos plaines, aux
torrens d' inonder les campagnes dévastées, quand il
ordonne aux vents brûlans de porter la mort dans nos
contrées ; -s' il fait naître un de ces tyrans qui se
jouent de la vie des peuples, est-ce à nous de sonder
la profondeur de ses décrets, de lui demander compte
des motifs de tant de désastres ? Nous, instrumens
passifs qu' il emploie et brise à son gré ! ... mais
Sophie... ah, Sophie ! ... fortement eh !
Voudrait-elle recevoir la main d' un brigand, associer
son sort à celui d' un
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meurtrier ? Elle, la douceur, la vertu même !
déterminé non, cette idée me détermine... il
tire un pistolet de sa ceinture et regarde autour
de lui ah, Sophie ! Seule tu m' attachais à la
vie ; ne pouvant être à toi, je dois y renoncer.
il se jette à genoux reçois donc mes adieux...
il pleure je ne demande à la nature entière...