Blondel. -allons, prenons patience. Antonio ?
Antonio. -plaît-il ?
Blondel. -va voir s' il n' y a pas d' autre retraite
aux environs.
ACTE 1 SCENE 7
-Marguerite, comtesse de Flandre et d' Artois ;
Blondel.
(alors paroissent des gens de toute sorte, des
domestiques, des chevaliers. Ils donnent le
bras à Marguerite ; elle paroît descendre de
son palefroi, et est accompagnée de femmes
suivantes. Elle a l' air de donner des ordres.)
Blondel. -ciel ! Que vois-je ? C' est la
comtesse de Flandre ! C' est Marguerite ; c' est
le tendre et malheureux objet de l' amour de
l' infortuné Richard ! Ah ! J' accepte le
présage ; sa rencontre ici ne peut être qu' un
coup du ciel. Si le roi est ici, et si ces tours
lui servent de prison... ah, dieux ! Mais,
peut-être me trompé-je ! Voyons si vraiment
c' est elle. Si c' est Marguerite, son âme ne
pourra se refuser aux douces impressions d' un
air qu' en des temps bienheureux son amant a
fait pour elle. il joue cet air sur son violon.
dès les premières phrases, Marguerite
s' arrête, écoute, s' approche.
Marguerite. -oh, ciel, qu' entends-je... !
Bonhomme, qui peut vous avoir appris l' air que
vous jouez si bien sur votre violon ?
Blondel. -madame, je l' ai appris d' un brave
écuyer qui venoit de la terre-sainte, et qui,
disoit-il, l' avoit entendu chanter au roi
Richard.
Marguerite. -il vous a dit la vérité.
Blondel. -mais, madame, vous qui avez la voix
d' un ange, n' êtes-vous pas cette grande dame
qui doit occuper la maison qu' on m' a dit être
ici tout près ?
Marguerite. -oui, bonhomme.
Blondel. -ayez pitié, je vous prie, d' un
pauvre aveugle, et permettez-lui d' y passer
cette nuit, dans le lieu où il n' incommodera
pas.
Marguerite. -ah ! Je le veux bien, pourvu que
vous répétiez plusieurs fois l' air que vous
venez de jouer.
Blondel. -ah, tant qu' il vous plaira !
Marguerite, à ses gens. -je vous recommande
ce bon vieillard. Williams donne la main à
Marguerite, et la conduit dans sa maison.
ACTE 1 SCENE 8